Bondues (59) : un policier municipal sexiste jugé pour harcèlement moral

Publié le 8 Avril 2014

Il est grand et baraqué, elle est petite et plutôt fluette. Entre les deux, ça n’a jamais collé. Quand S. débarque en 2009 comme stagiaire au poste de police municipale de Bondues, elle est la seule femme.

Mairie de Bondues (59)

Mairie de Bondues (59)

 

A. est gradé et ses collègues le surnomment le cowboy : pour son approche virile d’un métier auquel il se dit très dévoué ; sans doute aussi pour ses manières rustiques, un sens de la parité archaïque, un humour bien gras et un langage très cru. S. va en faire les frais pendant trois ans avant de se décider à porter plainte.

Au poste de police où il travaille depuis plusieurs années, A. a pris l’habitude de se mettre en tenue dans la salle de vie plutôt que dans le vestiaire : « Je suis juste à côté de mon casier. C’est pratique… » L’arrivée de S. n’y changera rien, ni les remarques de ses collègues, ni la note de service rappelant les règles de bienséance. À la barre, il ne voit toujours pas où est le problème…

Un jour, lorsque S. entre dans la pièce, il baisse son caleçon à deux reprises, exhibant son sexe. « C’était une blague potache », répète-t-il à la présidente Agnès Banvillet. Devant le tribunal, cela devient une exhibition sexuelle. Lui sont aussi reprochés ce qu’il appelle « des gestes de convivialité » : un massage des épaules, une main posée sur la cuisse… « Je suis très tactile », réagira-t-il alors que la présidente souligne que S. a exprimé à plusieurs reprises sa désapprobation. Dans la procédure qui lui vaut de comparaître pour harcèlement moral, il y a aussi des propos humiliants, des remarques désobligeantes sur le physique de S., des allusions graveleuses qui ont été confirmées par plusieurs témoins. Ce sont souvent des collègues, dont certains ne se montrent pas tendres, décrivant A. comme «irrespectueux, agressif, arrogant ».

 

« Une collègue que vous n’avez jamais respectée »

Devant le tribunal, l’homme nie, évoque des mensonges, crie quasiment au complot. Il ne cesse de répéter que « la vérité est largement déformée » et tente d’attribuer le mal-être de S. à des problèmes personnels. Ce comportement agace fortement Me Karine Sulpice, avocate de la partie civile, qui voudrait que le prévenu assume davantage ses actes. Sa cliente a perdu 10 kg, souffre d’eczéma. La procureure Laurie Leblond fait le parallèle entre le harcèlement et les violences conjugales : « La victime s’efforce de taire les choses parce que c’est honteux de se faire humilier. » S’adressant à A., qui garde la tête entre les mains, elle insistera sur son manque de prise de conscience : « On n’est pas là pour juger l’humour gras mais des violences. S. n’est pas une chose. C’est une collègue de travail que vous n’avez jamais respectée. Ce dossier est d’autant plus choquant qu’il vient d’un policier municipal… »

Me David Lietaert s’indigne de ce qu’il juge être la marque d’un excès de zèle dirigé contre son client. L’avocat considère qu’aux yeux de la loi, l’exhibition sexuelle n’est pas caractérisée car son client « n’avait pas l’intention de nuire ». Il plaidera la relaxe également pour le harcèlement moral, considérant le dossier « pétri d’amalgames et d’inexactitudes ». Me Lietaert évoque « un lynchage dans les règles », expliquant : « Tous les faits reprochés à mon client ne sont que rapportés par les uns ou par les autres. » La procureure a requis un an de prison avec sursis et mise à l’épreuve et une amende de 4 000 euros. Jugement le 5 mai.

Mardi 8 avril 2014.

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Rédigé par SDPM

Publié dans #presse et PM

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