Gardes champêtres : chronique d'une mort annoncée

Publié le 9 Avril 2014

La Nouvelle République

Hugues Boutinot est l'un des derniers gardes champêtres d'Indre-et-Loire

Hugues Boutinot est l'un des derniers gardes champêtres d'Indre-et-Loire

 

La profession est en sursis. Elle devrait bientôt fusionner avec la police municipale. Un des derniers gardes champêtres du département témoigne.

Ils ne sont plus que 18 en Indre-et-Loire. Et encore, la plupart n'exercent qu'à mi-temps, voire moins. Les gardes champêtres, corps séculaire fondé en 1369 par Charles V, sont en voie d'extinction.

À Saint-Branchs, Hugues Boutinot, 48 ans, occupe la fonction depuis 2001, après une carrière dans la gendarmerie. « On est des dinosaures destinés à finir au musée », plaisante ce natif de Melun, en Seine-et-Marne, qui se compare volontiers au bourrelier et autre maréchal-ferrant, aujourd'hui disparus de la circulation.

Car la mort du garde champêtre est imminente. Il pourrait bientôt intégrer une police territoriale, née d'une fusion avec la police municipale. Le projet est dans les tuyaux du ministère de l'Intérieur depuis déjà quelques années. À l'occasion d'un discours le 13 février 2014, Manuel Valls, alors locataire de la place Beauvau, avait fixé comme échéance le « premier semestre 2015 au plus tard ».

Dans les faits, la fin programmée des anciens sergents de verdure est déjà en marche, plus aucun concours de la fonction publique territoriale n'étant organisé en France. Désorganisés, notamment sur un plan syndical, les quelque 1.500 gardes champêtres restants ont surtout pâti de la montée en puissance ces vingt dernières années de la police municipale. « Il y a une espèce de haine à notre égard, ils nous prennent parfois pour des sous-agents », déplore Hugues Boutinot.

Le choix des élus locaux de se tourner vers cette nouvelle profession aura aussi été décisif. Même à Saint-Branchs, le maire Daniel Balanger n'échappe pas à cet engouement, quand il s'agit d'évoquer le remplacement futur de son agent : « Je n'ai pas d'idées arrêtées mais l'évolution de la commune fait que nous ne nous dirigerons pas forcément vers un nouveau garde champêtre. »

Un propos qui rappelle le cas de Château-Renault, où le garde champêtre parti à la retraite a fait place à un policier municipal. Un exemple parmi tant d'autres.

 " L'aspect environnemental me fait vibrer "

En attendant, Hugues Boutinot continue ses patrouilles à bord de son vieil utilitaire de fonction, « pour faire une présence », guettant les véhicules mal stationnés, les maisons visitées, les panneaux de signalisation mal en point…

Dernièrement, il a surpris un particulier en train d'utiliser des produits phytosanitaires sur un cours d'eau longeant sa maison. Il s'est rapproché d'un technicien rivière du syndicat d'aménagement de la vallée de l'Indre. Le contrevenant a été condamné. « C'est vraiment l'aspect environnemental qui me fait vibrer, sourit-il. C'est pour ça que j'ai choisi ce métier. »

Un demi-siècle de déclin

Garde champêtre, c'est un métier qui semble aujourd'hui un peu désuet, les principaux intéressés le reconnaissent d'ailleurs eux-mêmes. Mais il est étonnant de voir comment la disparition de cette profession a peu à peu pris forme au cours des cinquante dernières années. Il faut savoir que les gardes champêtres ont possédé jusqu'en 1958 la qualité d'officier de police judiciaire, c'est-à-dire des pouvoirs d'investigation et de contrainte très importants, au même titre que les enquêteurs de la police nationale et de gendarmerie.

Mais cette même année marque aussi la fin de l'obligation pour chaque commune de France de posséder son garde champêtre, hormis en Alsace-Lorraine. Le début du déclin…

Maxime Lavenant - 07/04/2014 05:46

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Rédigé par SDPM

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