11 millions de Français se sentent en insécurité

Publié le 19 Décembre 2014

Près de 11 millions de personnes en France se sentiraient «en insécurité dans leur quartier ou leur village en 2014».

C'est ce qui ressort de la dernière enquête dite de «victimation», ce sondage annuel de grande ampleur, réalisé auprès d'un panel de 17.000 ménages, par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Nouveauté en 2014: la peur stagne… mais elle reste tout en haut. Christophe Soullez, le directeur de l'ONDRP, apporte quelques nuances. Concernant l'insécurité au domicile, «le niveau de 2014 est supérieur à ceux estimés entre 2007 et 2012, mais il n'augmente plus» : 17,4 % des personnes interrogées avouent la ressentir chez eux.

En revanche, au niveau du quartier, il y aurait un léger mieux: 21,2 % de sondés se sentent en insécurité près de chez eux en 2014 contre 22,1 % en 2013. «Le niveau reste toutefois supérieur à celui atteint de 2006 à 2008 ou à celui de 2011» et «la tendance», de toute façon, «reste à confirmer l'an prochain», énonce prudemment l'ONDRP. On se sent donc plus en insécurité sous Hollande que sous Sarkozy.

Hausse des vols avec violence ou menaces

Il y a aussi les faits déclarés, la délinquance vécue et non plus ressentie. Là, le fait marquant en 2014 est la «hausse significative» des victimes de vols ou tentatives de vols avec violences ou menaces: de 280.000 à 360.000 victimes estimées en une seule année (+ 28 %). Cette évolution mérite attention car, dans le même temps, les chiffres donnés par la police et la gendarmerie font état d'une stagnation du phénomène. Un tel écart peut-il signifier que la police compte de moins en moins de tels faits, alors que les victimes sont de plus en plus nombreuses à s'en plaindre?

Une chose est sûre: le taux de plainte des femmes se déclarant victimes de ce type d'infractions explose littéralement, selon l'enquête de victimation: «de 38,5 % pour les années 2007-2008 ou 2008-2009 à 53,3 % pour les années 2011-2012 et 2012-2013». Christophe Soullez révèle que «les femmes victimes de ces agissements sont quasiment aussi nombreuses que les hommes désormais» et que «les actes les plus fréquents qu'elles subissent sont des agressions à l'occasion de vols de téléphones mobiles et de sacs à l'arrachée, mais aussi d'argent au distributeur de billets».

Au-delà des vols violents, les agressions physiques hors ménages, hors du cadre familial en somme, c'est-à-dire dans la rue, au travail, à l'école, stagnent, avec 650.000 faits estimés pour 2013. On est loin cependant des quelque 800.000 victimes déclarées de 2007 à 2009. Mais l'enquête de victimation confirme bien que «les parts mesurées depuis 2010 sont (…) en baisse significative». En 2013, il n'y a pas moins d'actes révélés qu'en 2010 et 2011. La gauche pourtant contestait les chiffres officiels en baisse annoncés par la droite ces années-là…

11 millions de Français se sentent en insécurité

7 millions de victimes d'atteintes aux biens

Restent les atteintes aux biens. Là aussi, l'ONDRP constate une «stabilisation». Mais à quel niveau! Plus de 7 millions de victimes déclarées! Les optimistes pourront se consoler en se rappelant que le nombre des victimes dépassait 8 millions en 2009. Avant de commencer à décroître. Aujourd'hui, les cambriolages déclarés dépassent les 600.000 par an. Plus de 1600 par jour, si l'on croit ce sondage plus exhaustif que les chiffres de Beauvau.

Les victimes ont-elles confiance dans les institutions? Plus d'une victime sur deux juge désormais qu'une plainte est «inutile». «Pour rappel, dit l'ONDRP, 27 % des atteintes aux biens font l'objet d'une plainte». Un taux qui varie beaucoup selon le type de délit cependant: «73 % (de plaintes) pour les vols, 20 % pour les tentatives de vol». Et seulement «13 % pour les actes de vandalisme». La justice a déjà du mal à digérer le flux des affaires déclarées par les forces de l'ordre. Qu'en serait-il demain si le taux de plainte des victimes venait à augmenter? Si le niveau de la délinquance s'éclaire de sondages en sondages, «la qualité de la réponse pénale, quant à elle, augure des jours de plus en plus sombres», estime Patrice Ribeiro, le patron du syndicat de policiers Synergie-officiers. Selon lui, la loi Taubira, censée faire de la probation la règle et de la prison l'exception, pourrait bien aggraver la situation.

D'après le figaro

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