Courrier Picard : Policiers municipaux à Compiègne: «Nous sommes de la chair à canon»

Publié le 11 Janvier 2015

Courrier picard

PUBLIÉ LE 

JULIEN BARBARE

 

Après le décès d’un agent à Montrouge jeudi, les policiers municipaux de Compiègne ont fait valoir leur droit de retrait pendant 24 heures. Ils demandent plus que jamais à être armés.

Nicolas Konieczny du SDPM et ses collègues souhaitent être équipés d’armes de poing.

Nicolas Konieczny du SDPM et ses collègues souhaitent être équipés d’armes de poing.

Un peu partout en France, des policiers municipaux ont été choqués par le décès, jeudi matin, de l’agent de Montrouge, Clarissa Jean-Philippe, victime d’un terroriste. Et notamment à Compiègne. De jeudi, 13 heures, jusqu’à ce vendredi midi, les policiers municipaux ont fait jouer leur droit de retrait. «  Avec l’accord de notre hiérarchie, aucun agent n’a quitté le commissariat pendant cette période  », indique Nicolas Konieczny, délégué pour le Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM).

«  Sachant que les individus recherchés pour l’attentat de Charlie Hebdo étaient dans le coin, on ne voulait pas prendre de risque  », poursuit-il. Pour les agents, à Compiègne comme ailleurs, ces événements relancent le débat sur l’armement des polices municipales.

 

Des bâtons télescopiques arrivés cette semaine

«  À Montrouge, notre collègue n’était pas armée, souligne Guillaume Many, policier compiégnois, délégué (d'un syndicat). Elle ne portait pas de gilet pare-balles. Elle a été abattue dans le dos, alors qu’elle procédait à l’enlèvement d’une voiture.  » Le responsable syndical brandit des chiffres : «  En France, depuis 2010, trois collègues sont morts et 250 autres ont été blessés. Ici, cela pourrait arriver n’importe quand.  » Les policiers citent l’exemple de la police nationale qui, ce jeudi 7 janvier, a dû faire feu sur une voiture qui tentait de les écraser. Guillaume dénonce une hypocrisie : «  À Compiègne, en nous donnant des gilets pare-balles, on reconnaît que nous sommes des cibles. Et on ne nous donne pas les moyens de nous défendre, ou de protéger efficacement la population.  » Il conclut : «  Nous sommes de la chair à canon.  »

Jusqu’à cette semaine, les 27 agents de la police municipale locale avaient le droit à une bombe lacrymogène et à un tonfa. «  Depuis décembre, nous sommes autorisés à porter des bâtons télescopiques, indique Nicolas KoniecznyUne quinzaine est arrivée cette semaine.  » Là où le tonfa «  est plus pour la défense  », le bâton télescopique «  est plus efficace pour désarmer un opposant armé d’un couteau  ». Mais face à une arme à feu…

Entre 23 et 5 heures du matin, les policiers municipaux ont également l’autorisation d’emporter un flash-Ball (fusil qui tire des balles en caoutchouc). «  À condition que nous soyons au moins trois, poursuit le policier municipal. Et les horaires sont trop restreints.  » L’arrivée possible de taser dans un avenir proche ? «  En complément des flash-Ball, oui, mais cela ne remplace pas une arme à feu.  »

Pour Guillaume, la situation est d’autant plus frustrante que «  plusieurs d’entre nous sont d’anciens militaires  ». Lui-même était gendarme : «  On m’a enlevé l’autorisation de porter une arme quand j’ai eu mon diplôme de policier, c’est aberrant.  »

Pourquoi cette réticence à armer les municipaux ? Selon lui, «  les maires ont peur, principalement de l’opinion publique. Mais si un agent meurt dans l’exercice de ses fonctions, ils peuvent être considérés comme responsables.  »

 

Un nouveau chef est attendu pour la police municipale

Denis Rémy, chef de service à la police municipale de Compiègne a quitté son poste, à sa demande, en octobre dernier. Il devrait être remplacé en mars ou avril par un homme qui a d’ores et déjà été choisi par la mairie. «  Ce n’est pas encore officiel, indique Éric Verrier, adjoint au maire chargé de la sécurité. Je peux juste dire qu’il s’agit d’un homme qui habite à Compiègne, mais qui effectuait jusque-là son service en région parisienne. Il a de l’expérience et connaît le terrain.  »

 

Éric Verrier, chargé de la sécurité : « Des armes à feu ? Pour le moment, non »

En avril dernier, Éric Verrier indiquait que les policiers municipaux pourraient être équipés de pistolets à impulsions électriques (type taser) d’ici la fin 2014. «  Nous avions l’accord de principe du préfet, mais nous devions régler de nombreux détails administratifs. Rien que pour les matraques télescopiques, les démarches ont été longues, très longues.  » L’idée n’est pourtant pas partie aux oubliettes. «  Nous allons refaire une demande officielle à la préfecture.  » Ces armes pourraient donc, un jour, arriver à Compiègne, mais cela ne satisfera pas les policiers municipaux, qui veulent une arme de poing. «  Pour l’instant, non, ce n’est pas à l’ordre du jour  », conclut l’élu.

 

article complet sur www.courrier-picard.fr

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