Le Figaro : Armer tous les policiers municipaux coûterait-il trop cher aux communes?

Publié le 22 Juillet 2016

Par Victoria Masson - Publié le 22/07/2016 à 12:47

Par Victoria Masson - Publié le 22/07/2016 à 12:47

Après l'attentat de Nice, le débat sur l'armement des policiers municipaux est relancé. Coût de formation, du matériel... La généralisation du port d'armes pourrait peser lourd dans le budget des collectivités. Les syndicats de police dénoncent «l'irresponsabilité» des élus.

Le Figaro : Armer tous les policiers municipaux coûterait-il trop cher aux communes?

Face à chaque nouvelle menace terroriste, la question de l'armement des policiers municipaux revient. Après les attaques de 2015, le maire UMP de Nice Christian Estrosi demandait à Bernard Cazeneuve plus de moyens. « Je demande à ce qu'on nous accompagne pour financer les gilets pare-balles pour toutes les polices municipales de France et les voir armées à armes égales avec la police nationale », déclarait-il. Le ministre de l'Intérieur annonce à la même période que « l'État mettra gracieusement à disposition des collectivités qui souhaiteraient armer leur police municipale, et qui seront autorisées à le faire à cadre juridique constant, des armes opérationnelles (revolvers), dans la limite des stocks disponibles (plus de 4000 armes)». « Je ne souhaite pas laisser le monopole des arme à feux aux assassins », renchérissait Alain Marsaud, député LR, après l'attaque de Nice.

 

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Cédric Michel, président national du Syndicat de défense des policiers municipaux

Sur les 20.000 policiers municipaux de France, « moins de la moitié sont armés », estime Cédric Michel, président national du Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM). Le choix de l'armement revient à chaque maire, qui demande l'autorisation du port d'armes pour chacun de ses agents, de façon individuelle. Pour quel coût? « Une arme coûte autour de 800 euros, c'est dérisoire à l'échelle d'une commune », assure Cédric Michel. Quant au stock de 4000 armes délivré par l'État à destination des communes, il est, lui, « quasiment épuisé », affirme ce dernier. En plus des armes, les policiers peuvent être équipés de gilets pare-balles. Lors d'une réunion de la commission consultative des polices municipales (CCPM) en février dernier, Bernard Cazeneuve assurait que quelque 8626 gilets avaient « déjà été co-financés au profit de 1583 communes réparties dans 92 départements, pour un montant total supérieur à 2 millions d'euros ».

Aux armes et gilets s'ajoute la formation des policiers. Qu'ils portent une arme ou non, ils sont tous formés à leur maniement et ont un statut de stagiaire durant un an. «Lorsqu'il y a un armement, le policier a une formation supplémentaire de 15 jours», explique Cédric Michel. Mais, le coût de formation - jusqu'à 1700 euros - n'impacterait pas si lourdement les municipalités, estime le président du SDPM. «Les communes sont rattachées au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) auprès duquel elles cotisent en fonction du nombre de fonctionnaires qu'il y a dans leur effectif. Que les policiers soient armés ou pas armés, elles cotisent», ajoute-t-il.

« Pour tout agent territorial, dont les policiers municipaux - armés ou non -, les communes reversent une cotisation au CNFPT pour financer la formation tout au long de la vie», confirme au Figaro le CNFPT. Mais seule la formation initiale obligatoire est prise en charge par cette cotisation, précise toutefois ce dernier. La formation à l'armement est, elle, payante. « On a mis en place des partenariats financiers, le coût de cette formation dépend de ce dont dispose la collectivité. Si elle a déjà des stands de tirs, des policiers qui peuvent être formateurs, on ne l'inclura pas dans le prix. Mais c'est un coût supplémentaire à la charge de la commune», insiste le CNFPT.

Armes, gilets, formations... ces dépenses peuvent donc parfois peser lourd dans le budget d'une commune. « L'Association des maires de France (AMF) n'est ni favorable ni opposée à l'armement des polices municipales, explique Philippe Laurent, secrétaire général de l'AMF et maire de Sceaux. Mais elle serait opposée à sa généralisation obligatoire considérant qu'il faut respecter la liberté des communes ». « Si demain la répartition des compétences devait être modifiée par une nouvelle loi, en donnant par exemple aux communes la pleine responsabilité de la police de proximité, la police relevant des communes serait mieux formée, mieux encadrée, ajoute le secrétaire général. Mais l'État devrait transférer les moyens financiers qu'il alloue aujourd'hui à sa propre police. Une loi de ce type n'est jamais proposée. »

Pour le syndicat de police, les questions économiques ne sont en fait pas le centre du problème. « En réalité, c'est une question politique. Les maires ne veulent pas être comptables de la sécurité publique et craignent la bavure, lance-t-il. Ne pas nous armer, cela relève de l'irresponsabilité. »

-- Note du Syndicat : les propos exacts du Président du SDPM ont été ceux-ci : "certains maires préfèrent voir un policier municipal mort par défaut d'armement qu'un délinquant et en subir les conséquences politiques, ne pas armer les policiers municipaux cela relève de l'irresponsabilité." --

« Ce n'est pas pour des questions de budget que certains maires refusent cet armement, mais bien de clarté de responsabilité, explique Philippe Laurent. Cela doit relever de la décision du maire et de son équipe municipale, avec la validation du préfet ».

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