Le Point : Marseille, la Police Municipale est notoirement sous-dimensionnée

Publié le 22 Août 2013

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Maire de la ville depuis 18 ans, il a toutes les peines du monde à se dédouaner de la situation actuelle. Il sait qu'il joue sa réélection sur l'insécurité.

 

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Le Point.fr - Publié le 21/08/2013 à 12:09 - Modifié le 21/08/2013 à 12:46


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Manuel Valls et Jean-Claude Gaudin le 21 septembre 2012. Désormais, chacun accuse l'autre du triste bilan de la ville en matière de sécurité. Joël Saget / AFP


Depuis plusieurs semaines les balles sifflent autour de lui. Maire de Marseille depuis 1995, Jean-Claude Gaudin ne peut s'exonérer des critiques qui s'abattent sur lui et ne peut guère faire rejaillir sur d'autres sa responsabilité... Mercredi matin sur RTL, Harlem Désir, premier secrétaire du PS, l'accusait de "non-assistance à Marseillais en danger" et "d'avoir couvert l'inaction de Nicolas Sarkozy"... L'édile a beau répéter à l'envi que Marseille n'est pas Chicago, avec 13 assassinats depuis le début de l'année (et 25 en 2012), la cité phocéenne n'est pas un havre de paix. Depuis 18 ans qu'il siège à l'hôtel de ville, il a pu s'appuyer sur plus de 10 ans de majorité nationale de droite, toujours très utile pour financer et mettre en avant des projets locaux. 

Or à sept mois des municipales, le bilan du maire sortant est inquiétant. Sa ville croule sous les dettes, selon des chiffres de 2012, l'endettement par habitant est de 860 € à Paris, 900 € à Lyon et 2 250 € à Marseille ! Les habitants déplorent la saleté des artères, certains quartiers laissés à l'abandon. Quant au taux de chômage, il est de 13,2 % sur la zone Marseille-Aubagne - la seule disponible à l'Insee -, contre 10,4 % pour la moyenne nationale, et il enregistre un fort recul depuis 15 ans.

Marseille 2013 n'a pas eu les retours escomptés

Même Marseille 2013, qui fait de la ville la capitale européenne de la culture, n'est pas à la hauteur des espoirs. Les visiteurs viennent, mais ne restent pas... Sans doute apeurés par le climat délétère qui règne sur la ville, ils préfèrent s'échapper plus au nord, en Provence, ou s'égailler sur la Côte d'Azur. Hôtels et commerçants ne profitent pas de l'aubaine. La manifestation devait être un gros coup de pub pour la cité, mais les règlements de comptes en série ont gâché la fête. En dépit de cette initiative, qui a nécessité de lourds investissements (160 millions d'euros pour le MuCem selon un rapport publié en 2012 par la Cour des comptes), la ville semble figée. Rien ne se décide à la mairie sans que FO ait donné son aval. Le port autonome de la ville, cogéré par la CGT, recule inexorablement dans le classement publié chaque année. Il est sorti du top 100 mondial tandis qu'en Méditerranée, Tanger, Barcelone, Le Pirée, Gènes l'ont largement distancé...

On fustige à Marseille son immobilisme : "C'est son cabinet qui dirige la ville. Pas lui, déplore un chef d'entreprise locale. Nul ne conteste son amour pour Marseille, mais il ne maîtrise pas les dossiers et délègue trop souvent." Politiquement, Gaudin a fait le vide derrière lui. Ses successeurs putatifs se sont un à un lassés. Renaud Muselier, longtemps présenté comme son héritier, a officiellement abandonné la politique, écoeuré par les petites mesquineries et les vraies trahisons dont il a été l'objet depuis cinq ans. Alors qu'aux précédentes municipales, le maire avait clairement laissé entendre que ce serait son ultime mandat, il semble décidé, à 73 ans, à garder son fauteuil.

Un champ de ruines politiques, alors qu'au PS, qui rêve de reconquérir l'ancien fief électoral de Gaston Deferre, la guerre des candidats fait rage. Eugène Caselli, président de l'agglomération ; Samia Gahli, maire d'arrondissement ; Patrick Mennucci, député ; Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion, se sont déjà déclarés. Même s'il n'est pas en mesure de se présenter, Jean-Noël Guérini, président du conseil général, veut peser sur le scrutin et régler quelques comptes politiques avant de se retirer - de gré ou de force- de la vie publique. Les primaires PS doivent se tenir à l'automne et leur résultat est incertain. 

Des circonstances très atténuantes

D'évidence, le maire ne peut être tenu pour seul responsable de la situation de sa commune. Marseille est une ville très compliquée à quadriller. Elle s'étend sur plus de 240 km 2, soit une superficie 2,5 fois plus grande que Paris et 5 fois plus grande que Lyon. Le nombre de rues et la longueur de sa voirie dépassent ceux de Paris et Lyon réunis ! La cité a toujours été une terre d'immigration, marquée par de fortes inégalités et une criminalité organisée qui remonte à l'ère Carbone et Spirito en 1925. Les inégalités y ont toujours été plus marquées qu'ailleurs. Enfin, les partages des pouvoirs entre la ville, la communauté urbaine Marseille Provence Métropole aux mains du PS, le conseil général, place forte de Guérini et ses amis, et enfin la région dirigée par Michel Vauzelle, confinent à la guéguerre picrocholine. 

Dans un communiqué à l'attention de Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, Jean-Claude Gaudin riposte avec ces mots : "Le ministre de l'Intérieur devrait savoir que c'est à l'État d'assurer la sécurité des personnes et des biens, et pas à la police municipale, dédiée à d'autres missions." Certes, mais avec 321 agents recensés en mai dernier celle-ci est notoirement sous-dimensionnée. Le maire le sait, il a annoncé le recrutement à l'automne de "100 policiers municipaux supplémentaires"... Pas sûr que cela soit suffisant !

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Rédigé par SDPM

Publié dans #communiqués SDPM

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