PRÉSIDENTIELLE 2012 - Sarkozy : "Je prendrai ma décision sans doute à l'automne 2011"

Publié le 16 Novembre 2010

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Deux jours après le remaniement gouvernemental, Nicolas Sarkozy s'est exprimé à la télévision, mardi soir. Le chef de l'État a répondu durant 90 minutes depuis la bibliothèque de l'Élysée aux questions de Claire Chazal pour TF1, David Pujadas pour France 2 et Michel Denisot pour Canal+. Il est revenu sur ses choix et a fixé un cap au nouveau gouvernement pour cette année et demie qui le sépare de la prochaine présidentielle. Les principales déclarations du chef de l'État :

 

http://www.lepoint.fr/images/2010/11/16/201476-sarkozy-france2-une2-jpg_95683.jpgLe chef de l'État Nicolas Sarkozy s'exprime mardi soir à la télévision durant 90 minutes

 

REMANIEMENT


Nicolas Sarkozy est revenu sur le long feuilleton du remaniement débuté en mars dernier. "La réforme des retraites devrait être conduite par le gouvernement précédent. De plus, le choix des personnes est important. Le président de la République n'a pas à faire de caprice. Il doit faire le choix de l'intérêt général. J'ai réfléchi et j'ai choisi François Fillon, car j'ai confiance en lui. Il est très compétent." Le chef de l'Etat a jugé que "les Français ne sont pas les commentateurs." Et de rajouter : "Les Français attendent de moi que j'aie des résultats, que je les protège, que l'économie reparte, que la sécurité soit assurée."

 

Ces dernières semaines, le nom de Jean-Louis Borloo, ex-ministre de l'Environnement, avait été évoqué pour Matignon. Il a été écarté et l'ex-maire de Valenciennes a préféré du coup ne pas participer au gouvernement. "J'aurais préféré que Borloo resta au gouvernement. Un homme comme Borloo est un homme de très grande qualité", juge Sarkozy. "Borloo a très bien géré toutes les crises qu'il a eues à gérer. Je pense notamment à Xynthia et à la crise des carburants. Il a été à la hauteur de la situation. Il a jugé par lui-même qu'il pouvait m'être utile autrement."

 

Ce remaniement a été l'occasion également de fermer l'ouverture. Nicolas Sarkozy préfère tempérer cette analyse et souligne que "le socialiste Migaud est le président de la Cour des comptes. Claude Evin est le directeur l'agence de santé la plus importante de France, Eric Besson a été sept ans à la direction du PS..." "On a voulu une équipe très professionnelle, très solidaire, insiste-t-il. Mercier, à ma connaissance, est très proche de Bayrou."

 

Le très controversé ministère de l'Immigration a été supprimé à l'occasion du remaniement. "Je reconnais bien volontiers que le débat sur l'identité nationale a provoqué des malentendus. Besson n'y est pour rien. Le sens de l'action que je mène est assez simple. Je dois concilier cette nécessité de changer vers l'avenir et en même temps, j'entends les compatriotes dire on veut rester dans cette France que l'on aime." Le Président poursuit : "J'ai renoncé à l'Identité nationale comme mot car c'était mal compris, mais je n'ai pas renoncé sur le fond."

 

RÉFORME DES RETRAITES


"Honneur soit rendu aux forces syndicales, nous avons fait cette réforme considérable des retraites sans violence", commence Nicolas Sarkozy. Le chef de l'État insiste pour justifier sa réforme-phare : "Il manquait 30 milliards d'euros pour financer les retraites. On me dira : vous auriez dû faire une plus grande négociation avec les syndicats. Mais sur quoi ? Woerth a eu 56 réunions avec les syndicats." "Voilà on a fait cette réforme. Tous ceux qui sont retraités aujourd'hui ou qui le seront bientôt : voilà, je vous dis on a de l'argent pour financer vos retraites."

 

A l'occasion des multiples journées d'action contre le texte promulgué la semaine dernière, de nombreux jeunes sont descendus dans la rue. Ce qui fait dire au chef de l'État : "Je voudrais dire que ça n'a pas été une bonne idée d'appeler les lycéens à manifester. Je ne trouve pas cela très responsable." Concernant l'emploi des jeunes, le président lance : "Si plus de Français travaillent, il y aura plus de croissance et plus d'opportunités de travail pour les jeunes."

 

GOUVERNANCE


"Bien sûr, je dois me remettre en question", lâche Sarkozy. "Je ne peux pas m'exonérer de cette part de responsabilité mais de l'autre côté de l'Atlantique, Obama a le même problème tout comme Merkel en Allemagne. Mais c'est normal que le président de la République porte la colère, l'inquiétude." "J'ai ma part de responsabilité, il faut que j'écoute, quand on est président la République on doit faire son devoir. Sur les retraites, la question n'était pas de savoir s'il fallait préparer 2012 ou pas, mais faire un choix dans l'intérêt général dont je savais qu'il portait en lui les germes de la mauvaise humeur."

 

Nicolas Sarkozy a été rattrapé par la polémique alors qu'il a étrenné à l'occasion du G20 son nouvel avion. "Nous avons vendu deux avions, deux A319, pour acheter un A330. Y a-t-il matière à scandale ? Je suis prêt à prendre les paris que ceux qui me succèderont trouveront ce choix excellent."

 

Le chef de l'État a également dû gérer ces dernières semaines la tourmente dans laquelle était pris Éric Woerth. "Son départ a été une des décisions les plus difficiles que nous ayons dû prendre avec Fillon parce qu'elle touche l'humanité de quelqu'un. Il a suscité mon admiration pour son courage et sa dignité lors de la réforme des retraites et il m'est souvent arrivé de penser dans un pays qui fait de la présomption d'innocence un principe cardinal : mon dieu... Lui-même m'a demandé de partir parce que c'était mieux pour sa défense. Et quand il sera sorti de ses ennuis, j'espère que l'on pourra retravailler ensemble."

 

SÉCURITÉ ET IMMIGRATION


Fin juillet, le président prononçait le désormais fameux discours de Grenoble, qui marque un durcissement de la politique sécuritaire. "Revenons si vous le voulez bien au mois de juillet et regardons le JT qui est le vôtre : premier sujet, la situation n'est plus tenue à Grenoble ; les policiers veulent démissionner, c'est la jungle. Le lendemain à propos d'une attaque d'une gendarmerie vous en faites l'un et l'autre (Chazal et Pujadas) l'ouverture du JT et vous en tirez la conclusion : mais qu'est-ce qu'il se passe en France ? Vous ne l'avez pas fait un soir mais toute cette semaine (...) vous créez vous-mêmes, les médias, une stigmatisation sur l'attaque de la gendarmerie, cela a été médiatiquement déformé. Alors, nous allons à Grenoble le Premier ministre et moi. Dans le discours de Grenoble, il n'y avait pas d'outrance, pas un mot plus haut que l'autre, je ne regrette rien."

 

Concernant le dossier des Roms, "il n'y a pas eu de stigmatisation, qu'on soit rom ou qu'on soit français, on respecte. S'il y a un rom en situation illégale, le ministre de l'Intérieur a le devoir de le raccompagner en Roumanie. Qu'on soit rom ou pas rom, on doit respecter la règle de la République. Je n'ai pas été élu pour ne pas respecter la loi ? Vivianne Redding a fait une comparaison honteuse et blessante, pas simplement pour les juifs mais pour tous ceux qui ont vécu la Shoah."

 

ÉCOUTES

 

"Vous imaginez que c'est moi qui organise le cambriolage de l'ordinateur portable d'un de vos confrères ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Soyons sérieux.... Vous voulez que je m'en occupe de savoir si un de vos confrères a perdu son portable ou se l'est fait voler?", s'exclame le président à propos des vols de portables de journalistes enquêtant sur l'affaire Bettencourt.

 

RISQUE TERRORISTE


"Je suis spécialement inquiet pour nos otages au Mali pris en otage par une bande appartenant à l'Aqmi, je dis aux Français : n'allez pas dans cette région. Pour nos otages en Afghanistan, la situation est complexe, je suis un peu moins inquiet pour eux. Et nous avons encore sept otages en Guinée pour lesquels des négociations sont en cours et nous avons encore un otage en Somalie. C'est un sujet complexe, difficile. Nous ne changerons pas d'un iota notre politique au seul prétexte que nous sommes menacés comme le sont toutes les démocraties."

 

DÉPENDANCE

 

François Fillon a déjà abordé le sujet aujourd'hui. La dépendance est bel et bien une des priorités du nouveau gouvernement, confirme Nicolas Sarkozy. "Je souhaite la création pour la première fois depuis la Libération d'une nouvelle branche de la Sécurité sociale : le cinquième risque. Je souhaite que nous réformions la dépendance. Nous allons organiser une grande consultation qui va durer six mois, avec les conseils généraux, les forces syndicales... Nous prendrons les décisions à l'été 2011, à la suite de ce grand débat." 

 

RÉFORME FISCALE


"Soyons précis. Nous proposerons avec le Premier ministre et le gouvernement une réforme fiscale au printemps 2011. Le problème est le suivant : la France est en compétition mondiale. Mais je ne peux pas accepter des déficits de compétitivité avec l'Allemagne qui est notre premier partenaire."

 

"Notre idée est de créer les conditions d'une zone à fiscalité relativement homogène dans laquelle nos impôts seraient relativement comparables. Je voudrais qu'on harmonise nos assiettes entre l'Allemagne et la France. En Allemagne, les socialistes ont supprimé le bouclier fiscal. Ils ont été imités par les socialistes espagnols. Il y a donc un impôt sur la fortune en France mais pas d'impôt sur la fortune en Allemagne."

 

"Quand on dit que le bouclier fiscal permet aux riches de ne pas payer d'impôts, c'est absurde. L'exemple de Bettencourt ne correspond en rien à la réalité." "Nous allons engager un vaste débat pour prendre une décision au printemps prochain car je ne veux plus de délocalisation. Je veux que la France soit une terre de production."

 

"Il n'y aura pas d'augmentation d'impôts. Si on augmente les impôts, il y aura moins de croissance. En France, le problème c'est qu'il y a trop de dépenses publiques, alors nous réduisons les dépenses publiques. Nous avons supprimé 150.000 postes de fonctionnaires depuis que je suis président de la République."

 

CHÔMAGE


"Nous allons profiter des négociations engagées avec les partenaires sociaux. Nous voulons obtenir la généralisation du contrat de professionnalisation. Quand il y a un licenciement économique, la personne n'y est pour rien ! On lui garantira un an de salaire, on la prendra en charge et elle aura l'obligation d'accepter un emploi. Un jeune en formation en alternance a 70 % de chances de trouver un emploi. Il faut doubler le nombre de jeunes en formation en alternance. Il n'y a pas de fatalité. Je pense qu'on n'a pas encore tout essayé contre le chômage."

 

G20


La France a pris la présidence du G20 le week-end dernier. Le mandat français sera marqué par la guerre des monnaies en cours. "Depuis Bretton Woods, en 1945, on ne peut plus rester dans cette pagaille monétaire. Il faut un nouveau système monétaire international. La Chine m'a donné son accord pour organiser un nouveau séminaire au printemps que j'irai présider moi-même avec les Chinois et j'en parlerai avec Dominique Strauss-Kahn demain." "Si on ne veut pas de protectionnisme, il faut de la régulation. C'est la vocation de la France."

 

2012


"Je prendrai ma décision sans doute à l'automne 2011... J'ai tellement conscience du ridicule de mon propre intérêt par rapport aux problèmes des gens qui sortent de la crise. L'analyse que je fais, c'est que les Français ont envie que je travaille dans leur intérêt jusqu'au bout." Une candidature de DSK côté PS lui fait-elle peur ? "Vous croyez que les problèmes ne sont pas assez lourds pour penser aux petits intérêts personnels", balaye-t-il.

 

RÉFORME JUDICIAIRE

 

Nicolas Sarkozy a déclaré vouloir que des "citoyens" prennent avec les juges professionnels les décisions concernant les libérations conditionnelles et a confirmé sa volonté d'introduire des jurés populaires en correctionnelle pour "les délits les plus graves".

Ce débat a été lancé dès le mois de septembre. Nicolas Sarkozy l'a relancé ce soir, jugeant qu'il ne "serait pas maladroit d'imaginer un système pour qu'il y ait matière à faire rentrer des jurés populaires dans des tribunaux correctionnels".

 

POUVOIR


"Parfois j'ai eu des moments de découragements mais je dois avouer qu'ils ne durent pas longtemps. J'ai eu une famille qui m'entoure. Quand on est marié avec une femme de grande intelligence, ça serait dommage de ne pas l'écouter. Sur les grands sujets, je deviens moins influençable car je vois qu il y a des choses que la France doit faire. Je me laisse plus de temps pour réfléchir. On en a parlé avec Fillon pour voir comment on pouvait mieux conduire l'action. Fillon a été en premier ligne pour la constitution du gouvernement.

 

CENTRE


Deux poids lourds du centre ne sont plus au gouvernement, Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. Les deux semblent s'organiser pour rispoter. "Mon devoir n'est de ne pas rentrer là dedans", balaye le Président.

 

FRONT NATIONAL


"Je n'ai jamais cru et je n ai pas changé d'avis" au sujet d'une alliance avec le FN, dit le Président.

 

source : www.lepoint.fr

Rédigé par SDPM

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